ICO Blockchain : l’essor des levées de fonds en crypto-monnaies

Ces derniers mois, les montants des levées de fonds sur les Blockchains ont atteint des sommets historiques. L’équivalent de plusieurs centaines de millions de dollars ont été levées en crypto-monnaie pour permettre le développement de start-up un peu partout dans le monde. Cet engouement pour ce mode de financement non régulé interroge. Notamment sur la question des risques de blanchiment. Et le besoin de solution de gestion d’identité sur ces Blockchains se fait de plus en plus pressent.

 

 Crypto-monnaies et ICO

La première application des technologies Blockchains comme Bitcoin ou Ethereum a été la création de monnaies alternatives (crypto-monnaies). Ces monnaies électroniques, basées sur des principes cryptographiques garantissant la sécurité du système, permettent aux utilisateurs d’effectuer des transferts de façon décentralisée, sans intermédiaire bancaire.

Mais depuis quelques temps sont apparus sur ces Blockchains de nouveaux modes de financement, appelés ICO (Initial Coin Offering), en référence aux IPO pour les introductions en bourse classiques.
Le concept des ICO est simple : une entreprise qui souhaite voir financer son développement peut émettre des token, sorte de jetons virtuels représentés dans la Blockchain. Les investisseurs peuvent alors acheter ces token par le biais de transactions en crypto-monnaie. L’entreprise récupère un montant en crypto-monnaie qui peut être changé en devises au cours officiel via des plateformes d’échanges.
L’investisseur possède alors une quantité de token stockée de manière sécurisée dans la Blockchain et qu’il peut utiliser de différentes manières. Il peut choisir d’acheter des biens ou des services auprès de l’entreprise qui a levé les fonds sur un modèle proche du crowdfunding ou bien vendre ses jetons à d’autres utilisateurs pour spéculer sur un marché secondaire.

 

Absence de cadre réglementaire

Ces investissements présentent un risque élevé pour les utilisateurs. Il n’existe en effet aucun contrôle de l’entreprise émettrice et les cours de ces token sont d’une grande volatilité. Mais surtout, ces nouvelles formes de financement ne font l’objet d’aucune régulation. Le respect des règles KYC sur l’identification des investisseurs ou la prévention du blanchiment sont impossibles à mettre en œuvre pour ces levées de fonds.

Ces problématiques ont poussé plusieurs autorités à émettre officiellement des réserves voire à interdire ces modes de financement, notamment aux Etats-Unis, en Chine ou en Corée du Sud.

 

Gestion des identités sur la Blockchain

Associer de façon certaine une identité à un utilisateur sur ces Blockchains n’est pas chose facile. Depuis leurs débuts, ces technologies ont été pensées pour garantir la confidentialité des utilisateurs. En effet, chaque utilisateur du réseau est identifié par son adresse : une suite unique de caractères aléatoires et c’est la seule référence nécessaire pour effectuer une transaction en crypto-monnaie.

Cette quasi-anonymité est une nécessité. Toutes les opérations dans ces Blockchains sont publiques. Il est donc très simple de connaître la balance en crypto-monnaie de n’importe quelle adresse, ainsi que l’ensemble des transactions effectuées par un utilisateur. L’absence de données nominatives associées à une adresse assure la confidentialité de la Blockchain.

Dès lors, comment une entreprise effectuant une ICO pourrait restreindre sa levée de fonds aux citoyens de certains pays ou contrôler que les investisseurs ne sont pas signalés sur des listes officielles de surveillance ?

 

Quelques initiatives émergentes

PICOPS
Plusieurs start-up se penchent aujourd’hui sur la question de l’identification des utilisateurs sur les Blockchains publiques avec des axes différents.

A l’occasion de l’ICO du projet Polkadot au mois d’octobre 2017, la start-up londonienne Parity Technologies (qui développe en parallèle un logiciel permettant de se connecter à la Blockchain Ethereum) a mis en place un service nommé PICOPS.
Ce système permet de s’assurer que le propriétaire d’une adresse sur la Blockchain a vérifié son identité avec succès. La procédure de certification requiert la transmission de documents d’identité (carte nationale d’identité, passeport, …). Ils sont ensuite analysés pour en contrôler la conformité et confirmer que la personne n’est pas signalée sur des listes de surveillance.

Ce contrôle d’identité a été effectué pour chacune des transactions d’achat de token durant l’ICO et les certifications de chaque investisseur sont publiquement vérifiables dans la Blockchain.

Mais PICOPS ne se limite pas à cette première ICO : en effet, toute entreprise qui souhaiterait faire une levée de fonds sur la Blockchain Ethereum peut utiliser le service, en demandant à ses investisseurs une certification de leur adresse. Les frais de certification d’une adresse Ethereum sont à la charge de l’investisseur pour un montant équivalent à quelques euros.

Même si les contrôles appliqués dans ce cas sont encore très basiques, la solution est intéressante car elle permet une mutualisation de la certification. En effet, un investisseur certifié pour l’ICO de Polkadot, peut participer à d’autres ICO sans repasser par l’étape de certification.

 

uPort
Avec le même objectif de mutualisation des contrôles, uPort permet à chaque utilisateur de la Blockchain Ethereum de se créer une identité unique.  Son adresse peut en effet être associée à différents attributs comme le nom et le prénom, la nationalité, l’adresse email, … Ces informations sont stockées de façon sécurisée en dehors de la Blockchain mais l’utilisateur peut donner son accord pour en partager tout ou partie avec une tierce personne.
uPort propose également à l’utilisateur de collecter des vérifications pour ces attributs : votre banque par exemple peut certifier vos noms et prénoms après une procédure d’identification classique en face à face et votre adresse email peut être vérifiée par une procédure en ligne.
Les différentes applications sur la Blockchain auxquelles vous présenterez votre identité uPort pourront alors décider d’accepter ou non ces informations sur votre identité, en fonction de la confiance qu’elles accordent aux entités qui auront certifié vos informations.

Au-delà des ICO, de nombreuses applications nécessitent des contrôles sur l’identité de la personne accédant au service.
Les technologies Blockchains sont avant tout des infrastructures réseaux garantissant la bonne exécution et la sécurité des transactions dans un monde décentralisé. Les questions de l’identité des utilisateurs sur ces réseaux ne peuvent être réglées par la technologie elle-même. Même si des initiatives dans ce sens émergent, il y a sur ce secteur une place très importante pour des solutions innovantes, qui permettront de démocratiser l’utilisation de ces technologies décentralisées.

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