Interview Rudi Lepomme – Gartner « Un CIO doit regarder hors des frontières de son organisation »

RUDI LEPOMME-01Avec la progression rapide de la digitalisation dans les entreprises, les CIO devront s’adapter. C’est ce qu’est venu expliquer Rudi Lepomme, VP Executive Partner chez Gartner, lors de la première édition du POST Innovation Day. Retour avec lui sur le phénomène de digitalisation et sur les défis que devront relever les directeurs informatiques à l’avenir.

 

À quel niveau de digitalisation se situent aujourd’hui les entreprises, notamment au Luxembourg ?

Je parlerais davantage en terme de secteurs d’activité. Les niveaux diffèrent en fonction de l’industrie dans laquelle les entreprises opèrent. Dans celles de la musique et du livre par exemple, la transformation digitale est déjà complétée. Dans celle des banques, elle est en cours de transformation. Le secteur a débuté avec l’Internet banking. Il poursuit aujourd’hui dans la mobilité, avec la possibilité de réaliser un paiement via son smartphone ou sa tablette depuis le train. Mais je m’attends à ce qu’il y ait encore des évolutions dans ces technologies de paiement. Il existe ensuite d’autres secteurs pour lesquels la démarche est encore timide à l’image de l’industrie manufacturière, notamment dans le matériel de transport (voitures et avions automatiques, drones). Des initiatives existent, mais disons qu’elles ne sont pas présentes à grande échelle encore. Pour cela, Il faudra créer un cadre légal dans les différents pays qui souhaiteraient développer ces technologies.

 

Qu’implique la digitalisation pour les CIO qui travaillent dans les entreprises amenées à l’intégrer ?

Dans le passé, le CIO échangeait avec ses collègues directeurs dans le marketing, les ventes, la production, les achats, afin de bien comprendre ce dont ces derniers avaient besoin pour améliorer les processus en cours. Avec la digitalisation, l’environnement de l’organisation et les partenaires dans la chaîne d’approvisionnement changent. Si on prend l’exemple de la musique, les partenaires qui existaient dans cette chaîne d’approvisionnement ont souvent été remplacés ou ont disparu, du fabricant de CD au distributeur. C’est pour cette raison qu’un CIO doit regarder hors des frontières de sa propre organisation. Il doit être capable de cerner, dans l’écologie dans laquelle il opère, qui sont les partenaires nécessaires pour que son business fonctionne. Et c’est peut-être au niveau de cette écologie que cela va changer. Ensuite, le CIO doit inviter les autres directeurs à regarder au-delà des frontières également. Ensemble, ils doivent être capables de répondre à ces questions : Comment rentabiliser le business de l’entreprise ? Qui sont les nouveaux partenaires ? Qui va gagner de l’argent dans ce nouveau monde ? Le CIO a bien souvent la confiance des autres directeurs puisqu’il est au courant de cette digitalisation du monde. Il peut expliquer comment cela peut affecter la production. Il peut aussi prendre l’initiative avec les autres directeurs de créer une vision partagée de la manière dont l’avenir peut se réaliser et s’il est pertinent d’y investir.

 

Existe-t-il des différences dans les profils des CIO recherchés dans un contexte de digitalisation ?

Ces changements impliquent des compétences différentes chez le CIO. Par le passé, on lui reconnaissait un profil de technicien. Il maîtrisait les bases de données, les langages de programmation, il savait comment diriger une équipe de développeurs… Aujourd’hui, il ne doit pas seulement s’investir dans les processus mais il doit aussi être visionnaire. Au lieu d’exécuter la vision d’un collègue directeur, il doit participer à la création de cette vision avec les autres dirigeants, afin de la communiquer, de convaincre, d’influencer, d’enthousiasmer les autres.

 

Ce changement de profil passera-t-il par le remplacement des CIO déjà en poste ?

Pas forcément. Si le CIO déjà en poste doit adapter un aspect de sa personnalité, ça va encore. Mais si on constate qu’il doit travailler sur plusieurs aspects, dans ces cas-là, il serait plus pertinent de recruter un Chief Digital Officer à ses côtés. Le CDO travaillera alors sur la vision et la communication de cette vision dans l’organisation. Mais au moment de l’exécution, c’est toujours le CIO qui prendra en charge cette partie, pour s’assurer techniquement que cela va fonctionner. Un remplacement serait trop brutal et pourrait créer un vide, d’autant plus quand une entreprise s’apprête à modifier l’environnement de son business.

 

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