Interview Girls in Tech Luxembourg : « Les femmes ont un rôle à jouer dans le secteur IT »

Les femmes sont encore largement sous-représentées dans l’IT. C’est pour remédier à cette problématique et attirer davantage de femmes vers ce secteur dynamique que Girls in Tech Luxembourg a vu le jour début 2014. Après l’organisation de multiples événements et ateliers, où en sont-elles ? Et comment voient-elles évoluer la place des femmes dans l’IT ? Le point avec Marina Thiriet et Annabelle Buffart, deux des membres de l’équipe.

 

Après 18 mois d’activité, quelles vont être les prochaines étapes pour Girls in Tech Luxembourg ?

Marina Thiriet : Après avoir concrétisé deux beaux partenariats avec Amazon et Microsoft en début d’année, nous sommes toujours très sollicitées, que ce soit par les entreprises, les institutions ou les lycées. Dans la deuxième moitié de 2015, nous allons poursuivre dans ces partenariats, continuer notre programmation de workshops sur une base régulière et nous structurer un peu plus. En tant qu’ASBL, gérée par des bénévoles, il devient de plus en plus difficile de faire face à toutes les demandes. C’est la preuve qu’il y a vraiment un besoin.

 

Peut-on faire un premier bilan de votre partenariat avec Amazon ?

MT : Depuis le début de l’année, trois workshops ont été organisés conjointement avec Amazon sur le Cloud computing ainsi que sur les langages HTML et SQL. Un quatrième devrait suivre le 20 juillet sur les méthodes Agile. À chaque fois, nous avons été surprises de voir l’engouement autour de ces sessions de formation.

Annabelle Buffart : Dès que nous avons mis les inscriptions en ligne, les workshops ont tous été sold out en moins de 48h ! Ce qui prouve encore qu’il y a une véritable demande pour ce type de formation. Sans compter qu’Amazon fait partie de ces entreprises attractives dans le domaine IT. Nous avons également été surprises d’accueillir sur ces workshops d’initiation des femmes déjà bien expérimentées dans le domaine.

MT : Il faut savoir aussi que 10 à 20% d’hommes ont assisté à ces sessions. Ce n’est pas forcément surprenant parce qu’on se rend compte que le travail de Girls in Tech Luxembourg est soutenu par beaucoup d’hommes.

 

Quelles sont les attentes des participantes durant ces sessions ?

MT : Leurs motivations sont parfois différentes. Certaines ont envie de participer à une activité dans le domaine IT qui soit plus orientée femmes, d’autres souhaitent rester à jour dans leurs connaissances et leurs compétences et d’autres encore y pratiquent le networking, puisque nous gardons toujours un temps d’échanges après les sessions.

 

Pourriez-vous dresser un portrait des femmes évoluant dans l’IT au Luxembourg ?

MT : Déjà, elles sont sous-représentées, c’est un fait. Et plus les métiers sont techniques, plus elles sont sous-représentées. En général, les femmes représentent 5 à 6% des effectifs dans les départements IT purs. Mais cela dépend aussi du secteur d’activité. Elles seront plus nombreuses dans le secteur des services par exemple. Elles seront aussi plus nombreuses dans des métiers du digital qui touchent à l’IT mais qui ne nécessitent pas une forte expertise dans ce domaine. C’est le cas dans les professions marketing, commerciales et RH. D’une manière générale, on se rend compte que les femmes sont attirées par la technique, mais dans des fonctions dont ce n’est pas la dominante principale.

AB : D’un autre côté, dans les métiers plus techniques, le manque touche tous les secteurs : développeuse web ou logiciel, sysadmin, security expert, architecte cloud…

 

Quelles seraient les principales qualités des femmes dans l’IT, selon vous ?

MT : J’aurais du mal à répondre à cette question dans le sens où je pense que les compétences priment sur le sexe de la personne. Mais en travaillant autour de ces questions, je me rends compte qu’aujourd’hui dans ce secteur d’activité, nous concevons des produits pensés à 90% par des hommes pour une population moitié hommes/moitié femmes. Je me demande si on ne manque pas un point de vue pour l’utilisateur final, et même pour les sociétés commercialement. Dans ce cadre-là, les femmes ont un rôle à jouer dans le secteur IT puisqu’elles apportent un point de vue différent et de la diversité dans les équipes.

 

Existe-t-il encore des freins à l’intégration des femmes dans l’IT au Luxembourg, alors que le secteur doit faire face à des problèmes de main-d’oeuvre ?

AB : Il y en a de moins en moins, car les RH et les managers sont demandeurs de femmes dans l’IT. Ils sont conscients qu’elles ne peuvent pas être écartées de ces métiers. Cela n’a pas de sens. Le seul frein restant, selon moi, se situe dans le système éducatif. Il faudrait rendre les métiers de l’IT plus attirants auprès des jeunes filles, et faire tomber l’image du geek asocial.

MT : Effectivement, les stéréotypes restent forts dans les carrières de l’informatique et des TIC. En Europe de l’Ouest, plusieurs études ont montré que de moins en moins de filles font des études dans ces filières. Elles ne sont pas encouragées à aller vers ces carrières, même si elles sont passionnées et qu’elles y montrent de l’intérêt. C’est dommage, car il existe vraiment de belles opportunités dans l’IT, à travers des métiers qui offrent de bonnes conditions de travail.

 

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